Je l’avoue tout net, je ne connaissais pas Manu Larcenet, et donc malgré tous les commentaires dithyrambiques autour de moi concernant Blast notamment, je n’avais jamais ne serait-ce que feuilleté une de ses œuvres.

Tout ça pour dire que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en acquérant sa dernière œuvre, Le rapport de Brodeck – l’autre, première partie.

Et de ce fait, j’ai été assez scotché par cette BD !

Tout d’abord sur la forme. La BD comporte 160 pages, uniquement en noir et blanc assez impressionnantes dans la force et l’atmosphère qu’elles dégagent !

Elles sont si expressives, qu’il arrive de trouver plusieurs pages sans le moindre dialogue ; tout se passe à travers les expressions des villageois et de la mise en scène des paysages.

Et ces « silences » donnent encore plus de poids à un récit très sombre.

Sur le fond, il faut préciser ce que Le rapport de Brodeck est l’adaptation d’un best-seller du même nom de Philippe Caudel (inconnu pour moi également).

Ainsi, cette histoire raconte comment les habitants d’un village se sont ligués contre l’Anderer (l’autre, l’étranger), le nouvel arrivant, jusqu’à commettre l’irréparable : son lynchage collectif.

Son défaut : être différent et un peu curieux dans une contrée, à peine sortie de la guerre et pour laquelle les secrets doivent le rester.

Brodeck n’a pas participé au massacre, lui aussi étant un peu différent, rescapé et des camps de concertation (dont le traitement graphique est oppressant), et donc profondément marqué par la violence.

C’est à lui (qui a l’habitude de rédiger des rapports sur l’état de la forêt) que les villageois demandent de rédiger un rapport officiel, mais biaisé, pour expliquer la tragique disparition de l’Anderer.

Cette rédaction s’avère difficile pour lui et la mauvaise conscience de Brodeck vont faire remonter en lui des souvenirs de son internement en camp et de l’horreur que peut revêtir l’âme humaine.


J’ai présenté Le rapport de Brodeck dans l’épisode 15 de l’EntrePod