Je suis tout à fait disposé à croire qu’il n’y a pas de risque grave mais en revanche, je suis moins  convaincu par la communication mise en place dans la phase de gestion de cet incident industriel.

Mardi soir je suis tombé sur un débat de communicants sur itélé au cours duquel les deux intervenants s’accordaient pour dire que tout avait été fait en dépit du bon sens.

En effet, cette usine relève de la directive Seveso qui l’oblige à se doter d’un politique de lutte contre les risques industriels majeurs.

C’est là que le bât blesse car entre la survenue de l’incident, lundi matin aux environs de 8h et les propos qu’on peut juger rassurants (même si ça ne fait pas l’unanimité) de la ministre Delphine Batho mardi soir vers 20h, de longues heures se sont écoulées, sans que la population proche ou éloignée ne soit réellement informée des dispositions à prendre (ou à ne pas prendre).

La venue de la ministre a au moins eu le mérite de remettre de l’ordre dans l’arène médiatique.

Comme souvent dans ce genre de cas, les déclarations officielles se voulaient rassurantes mais comme un cruel manque de transparence s’est fait sentir, cela a donné lieu à de nombreuses extrapolations de la part des personnes incommodées, et dans ce cas, certaines interrogations me paraissaient assez justifiées.

Comme souvent, Twitter a été le principal relai, minute par minute sous forme de Live Tweet, des interrogations et des inquiétudes.

Quelques exemples " J'ai du mal à croire qu'un truc qui pue de l'Angleterre à Paris soit complètement inoffensif", " Ben désolé mais pour moi ce n'est pas sans danger si ça peut donner ces symptômes!" ou encore " Elles ne sont pas qu'incommodantes, et tout le monde le sait, il ne s'agit pas d'un simple incident,les autorités ont été au-dessous de tout"

 

Car durant ces deux jours, des informations contradictoires ont été distillées.

Après avoir formellement déclaré que le produit, le mercaptan, était totalement inoffensif (ce qui n’est pas totalement vrai), la population a ensuite été informée que des nausées et des vomissements étaient possibles suite à cette pollution.

Ensuite, bien que toujours considérée comme sans danger, la pollution a contraint la préfecture à annuler le match de football FC Rouen – Olympique de Marseille qui devait se dérouler mardi soir pour éviter d’avoir à traiter une évacuation massive des 10000 spectateurs en cas de problème, car les opérations de neutralisation du produit allaient démarrer.

Et pendant ce temps-là, les riverains dont je fais partie n’ont toujours aucune information.

Si l’opération était potentiellement dangereuse pour le match qui se déroulait à quelques kilomètres, qu’en était-il pour les proches résidents ? le principe de précaution qui a été présenté et surtout sa cohérence d'application ne me parait pas tellement convaincant ou surtout son accompagnement a été totalement raté.

Ça n’est pas le retour quasiment en urgence de la ministre de l’écologie pour venir sur le site qui allait calmer les esprits…

De plus, des mots et expressions méconnus ou inquiétants ont été prononcés comme « Plan Particulier d’Intervention », « manipulation exceptionnelle vue en France  à Lubrizol pour stopper les émanations de gaz jamais», « dithiophosphate de zinc », sans jamais vraiment être explicités.

 

Dans le même temps, le directeur de l’usine répondait à des interviews dans lesquelles il expliquait qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter mais qu’il n’avait aucune idée de ce qui avait pu provoquer cet incident. Donc la maîtrise du process ne semble pas contrôlée chez Lubrizol. De plus, cela a permis de faire révéler que 2 incidents s’étaient produits au Havre en 2009, de moins grande ampleur, mais cela laisse pantois sur la sûreté de cette société.

 

Cela amène tout de même quelques interrogations concernant ce qu’on respire et l’incroyable dispersion des produits chimiques puisque dans ce cas, le produit a été détecté à cause de son  odeur mais qu’en est-il au quotidien avec tous les produits peu ou pas odorants dont on n’a même pas idée et dont on ne soupçonne même pas le risque car pouvant être produits à plusieurs centaines de kilomètres ?

Dès que l’incident a commencé à être connu, dans l’après-midi de lundi, ma femme a contacté l’école et la crèche se situant à proximité de l’usine pour savoir s’il y avait des mesures à prendre vis-à-vis des enfants mais les équipes n’étaient même pas au courant de ce qui s’était passé.

Je pense que la municipalité aurait au moins pu prévenir son personnel pour qu’il puisse répondre aux interrogations et dire qu’il n’y avait pas de danger plutôt que d’accentuer cette impression qu’on cachait les choses.

De plus, je ne suis pas d’un naturel parano ou hypochondriaque et j’ai la chance de pouvoir me tenir informé par internet mais ça n’est pas forcément le cas de tous mes voisins et je pense que certains d’entre eux, je pense particulièrement aux personnes âgées, ont dû se sentir démunis face à la situation.

 

Au final, ce produit n’est pas dangereux dans les proportions de cette pollution et heureusement ! car vu comme cela été géré de manière amateur, je n'ose imaginer en cas de risque avéré avec une population effrayée. 

J’ai même échangé avec des personnes qui, bien que n’y croyant pas vraiment, évoquaient le fait que le mercaptan aurait pu être libéré sciemment afin de pour "tracer" une autre pollution d'un gaz qui cette fois-ci serait nettement plus problématique pour la santé.

 

Mercredi matin, Delphine Batho était l’invitée de Bruce Toussaint sur Europe 1, afin de clarifier la situation, et bien que les questions fussent complétement en lien avec les inquiétudes des riverains citées plus haut (annulation du match sans pour autant informer les habitants), la ministre s’est contentée de ressortir les éléments de langage entendus depuis deux jours.

 

Je pense que la palme de l’erreur de communication revient sans conteste à l’actuelle ministre des sports, et ancien maire de Rouen jusqu’à sa nomination au ministère, qui faisait partie de la délégation du gouvernement en Allemagne et qui n’a pas eu un mot sur ce sujet, voire même qui envoyait des tweets en mode touriste sur sa découverte du Bundestag.

Un message d’attention pour ses anciens administrés au milieu de ses tweets de voyage aurait au moins donné l’impression qu’elle se sentait concernée.


Donc beaucoup de bruit pour pas grand chose, mais c'est à prendre comme un exercice en conditions réelles et un avertissement pour les autorités. on verra ce que les enquêtes révèleront.