Je vais aborder en parallèle le livre et le documentaire du même nom. Le livre est plus détaillé mais le documentaire permet de voir la concrétisation des faits dénoncés.

Le livre est bien écrit et bien sûr, il s'agit d'une enquête, mais le rythme et la façon de présenter rappelle les thrillers technologiques.

Le problème, c'est qu'il relate une réalité même si c'est des fois tellement gros qu'on se demande  comment tout cela est possible (mais plus c’est gros et mieux ça passe).

C'est révoltant, hallucinant, déconcertant et pathétique mais très intéressant car il présente, à travers l’histoire de Monsanto, la manière dont les multinationales arrivent à infiltrer la vie politique et économique pour faire avancer leurs intérêts avec de grandes largesses sur les validations scientifiques préalables à la mise sur le marché.


Avant d’attaquer le sujet des OGM, l’enquête commence par présenter un petit historique sympathique de la firme (dont ses nombreux et coûteux procès) comme :

* les PCB, ou polychlorobiphénylesdes polluants organiques persistants qui résistent aux dégradations biologiques naturelles et s’accumulent dans les tissus vivants, tout au long de la chaîne alimentaire. D’ailleurs, à Anniston en Alabama,  40 % de la population souffre de cancer et en 2002, Monsanto a été condamnée par la justice à lui verser 700 millions de dollars pour avoir dissimulé pendant des décennies la dangerosité des PCB.

* les dioxines (comme l'agent orange par exemple). "Toutes les preuves scientifiques dignes de foi montrent que l'agent orange ne provoque pas d'effets sanitaires à long terme." Jill Montgomery, porte-parole de Monsanto, 2004.... Ça laisse dubitatif.

* le Round Up, un désherbant pas si inoffensif que ça, malgré les sympathiques publicités avec le gentil toutou quoi récupère son nonos’ après pulvérisation de Round Up.

* les conflits d'intérêts : et oui !  L’association de défense de l'environnement Américaine est remplie d'anciens de chez Monsanto, c'est le jeu des chaises musicales... même plus besoin de lobby en fait.

Tout ça c'est Monsanto.... qui nous affirme aujourd'hui que les OGM c'est l'avenir et sans aucun danger sur l'homme et l'environnement (dans lequel on commence à trouver des "contaminations" non maîtrisées aux États-Unis).


Quand on lit les affirmations de cette société tout au long du XXème siècle, qui objectivement connait bien les risques mais "ne peut pas se permettre de perdre un dollar" (circulaire interne), qui continue d'affirmer que ses produits sont sains (malgré des cas concrets et des condamnations), qui prend des batteries d'avocat à ses procès espérant les faire durer le plus possible pour décourager les plaignants, etc... Je pense qu'on peut légitimement douter de leur sincérité sans pour autant se retrouver dans une paranoïa.

 

Bien sûr, on trouvera ici ou là sur le net des détracteurs à cette enquête mais il y a tellement d’intérêts économiques en jeu (et Monsanto a le bras long) que le doute plane sur les motivations des uns et des autres.

Surtout que ces critiques prennent une ou deux imprécisions pour remettre en cause l’ensemble.

On a pu le voir dernièrement concernant l’étude de l’impact d’une alimentation OGM sur les rats de laboratoire par le Professeur Seralini ; on remet en cause le protocole pour dénoncer les failles de l’étude (qui révèlent d’ailleurs elles-mêmes les failles des tests avant mise sur le marché des produits alimentaires) et détourner le débat sur la recherche scientifique, faisant ainsi un écran de fumée pour occulter le sujet de fond : les OGM peuvent-ils être dangereux ?

De formation scientifique en biologie, je ne suis pas contre la recherche, bien au contraire. Mais ce qui m’inquiète, c’est l’utilisation qui peut en être faite par certains groupes, dont Monsanto, qui confisquent le vivant à des fins mercantiles. Un paysan devient hors-la-loi s’il cherche à récupérer des semences issues de ses cultures pour les replanter l’année suivante plutôt que de les racheter et même pour certaines plantes, c’est carrément impossible puisque les semences vendues sont des hybrides ne permettant pas d’avoir un rendement homogène sur plusieurs générations.

Monsanto détient les brevets de 90 % du maïs, du soja, du colza, ou du coton transgéniques cultivés dans le monde avec le risque (car c’est un risque selon moi) de contrôler à terme l’ensemble de la chaine agroalimentaire.

La récente décision de justice contre l’association kokopelli, est une preuve  de plus que les lobbies de l’agroalimentaire arrivent à faire passer leurs idées dans ce sens (comme dénoncé par le documentaire de Marie Monique Robin).

Et ensuite Monsanto, nous déclare sans vergogne, qu’il œuvre pour résoudre la faim dans le monde avec ses produits. Permettez-moi de douter de ces allégations.

Il faut aussi aborder le problème de dispersion de ces OGM,  qui peuvent se retrouver dans les champs des agriculteurs bio ou raisonnés sans qu’ils puissent y faire quoi que ce soit.

Je trouve que laisser l’avenir de l’alimentation dans les mains d’une unique société comme Monsanto, mérite au moins qu’on se pose certaines questions.

 

Bref, je conseille vivement Le monde selon Monsanto (même si c'est loin d'être rassurant) au moins pour se faire sa propre idée sur ce qu’on nous impose.

 

Marie Monique Robin a également réalisé le documentaire Notre Poison Quotidien, (que je viens de voir et pour lequel je ferai prochainement un billet), ainsi que Les moissons du futur, tous coproduits par Arte.

Pour plus d’information :

Le site de Marie Monique Robin

Le monde selon Monsanto sur Arte VOD

Le monde selon Monsanto version livre

L’association Kokopelli dont le but est de faire perdurer la biodiversité des semences, pour certaines en voie de disparition à cause de l’agriculture que des multinationales comme Monsanto souhaitent voir appliquée de nos jours.