Que reproche-t-on à Megaupload et ses dirigeants?

C'est bien simple, la société est accusée de violer les droits d'auteurs et d'avoir facilité le téléchargement d'un grand nombre de fichiers soumis à ce même droit d'auteur.

Cela, en toute connaissance de cause.

De plus, il leur est même reproché d'inciter les internautes abonnés à mettre en ligne des fichiers en les rémunérant en fonction de leur "productivité" (en fonction du nombre d'upload).

 


En réponse à cette fermeture, les Anonymous ont mené une série de cyber-attaques contre les sites du FBI, de la maison blanche, du département de la justice des Etats-Unis, d'Universal Music, Warner Music et même le site de l'Hadopi en France!

Ces actions ont rendu inaccessibles ces sites via des attaques par déni de service distribué (DDOS), c'est à dire en saturant les serveurs de requêtes jusqu'à ce qu'ils "sautent".

Cette "cyber-guerre" a mis Twitter en ébullition toute la nuit, guettant le prochain site à tomber sous les assauts défenseurs de l'internet libre.

 

Dès l'annonce de l'opération, l'Elysée a transmis à l'AFP un communiqué dans lequel le Président Sarkozy saluait la fermeture de Megaupload en ces termes:

La lutte contre les sites de téléchargement direct ou de streaming illégaux, qui fondent leur modèle commercial sur le piratage des œuvres, constitue une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création. [...] Le moment est donc venu d'une collaboration judiciaire et policière active entre États pour porter un coup d'arrêt à leur développement. "

Tandis que dans le même temps, le Parti Pirate par la voix de son co-président, Maxime Rouquet, tenait le discours suivant:

Au lieu de doter l'industrie du droit d'auteur de toujours plus de moyens répressifs, et de traiter comme un réseau de mafieux toute plateforme qui génère du profit en diffusant des œuvres, il faudrait mettre en place un mécanisme simple et équitable pour que les auteurs et les artistes tirent profit de la diffusion commerciale de leurs œuvres "

 

Je vous laisse deviner de quel côté mon cœur balance.....

 

Dans la semaine qui vient de s'écouler, de nombreux sites ont préféré faire profil bas et ne mettent plus à disposition de fichiers protégés par le droit d'auteur. C'est le cas de FileSonic ou de FileServe notamment.

 

Maintenant que le décor est planté, quelles sont les sujets qui me viennent à l’esprit?

 

Comment se fait-il que Megaupload n'ai pas fermé depuis longtemps dans ce cas?

C'est vrai qu'à première vue, il parait surprenant qu'on ait laissé prospérer ce site ultra médiatique avant de s'intéresser ses activités. Et pourtant, le site respectait la loi américaine, et plus particulièrement le DMCA (Digital Millenium Copyright Act) qui demande à ce que l'hébergeur retire l'accès à tout contenu ne respectant pas les droits d'auteurs.

C'est également ce que fait Youtube (qui lui aussi héberge des contenus soumis au droit d'auteur); alors pourquoi deux poids, deux mesures?

Une des raisons avancée est le tournant mafieux qu'aurait pris la société qui serait accusée de blanchir de l'argent mais surtout d'en dépenser de manière ostentatoire puisque l'acte d'accusation s'attarde spécifiquement sur le style de vie de ses dirigeants.

Il est notamment précisé que les gains de la société atteindraient, depuis septembre 2005, la somme de 175 Millions d'Euros.

Pour en savoir plus sur les dirigeants de Megaupload, je vous propose de lire l’article d’OWNI : Dans le secret de Megaupload

 

Comment en sommes-nous arrivés là?

A mon avis, si Megaupload et consorts sont devenus les incontournables à abattre, c'est une des conséquences de la mise en place d'Hadopi (et de ces sœurs de part le monde.)

En effet, bien que le gouvernement et les Majors se félicitent de la baisse du trafic sur les réseaux Peer-to-peer (les seuls surveillés par l'Hadopi), cela a juste contribué à déplacer le problème vers les plateformes de téléchargement direct.

On a donc transféré un problème qui concernait de l'échange de fichier de manière "communautaire" non marchande, le P2P (OK, c’est illégal), vers ces plateformes mercantiles plus ou moins nébuleuses qui eux détournent réellement et sciemment de l'argent au détriment du droit d'auteur.

 

Conséquences

S'attaquer à Megaupload, outre le message d'exemple qui a été véhiculé, c'est un peu s'occuper uniquement de l'arbre qui cache la forêt.

En fermant ce site, aucun problème n'est réglé, voire même, cela va laisser le champ libre à de nouveaux sites qui, eux, peuvent véritablement être détenus par des organisations mafieuses (d'un autre calibre que celui de Kim Dotcom, le flambeur). Je pense notamment à certains sites russes qui existent déjà.

 

L'argument du contenu légal hébergé par Megaupload pour défendre la plateforme, me semble, lui, très hypocrite.

Pour autant, ce contenu légal (en minorité) existait et cela crée un précédent qui risque de remettre en cause tout ce qui concerne le Cloud Computing qu'on essaie de vendre aux internautes.

En effet, quelle confiance vont avoir les utilisateurs dans cette technologie et ce service, si du jour au lendemain, le contenu personnel (et légal) risque de disparaitre purement et simplement sans aucun recours possible?

Nous mettons de plus en plus de notre vie privée sur Internet (photos, vidéos, etc...) et cette affaire montre que finalement l'hébergement à distance et centralisé laisse planer le risque de ne plus pouvoir y accéder pour une raison ou une autre. Par exemple, que se passerait-il pour des milliers d'utilisateurs si Facebook devenait inaccessible? (bon ce n’est pas pour demain, je rassure les plus addicts...)

 

A noter que l'action de la justice américaine intervient au lendemain du Blackout visant à lutter contre les projets de Loi PIPA et SOPA (voir le billet sur le sujet). Etrange coïncidence, je ne dirai rien de plus...

Constatons toutefois que cette fermeture a entraîné des modifications sur le téléchargement tout de même puisque les internautes se sont tournés... vers le Peer-to-Peer à nouveau selon cet article du monde.

 

Dommages collatéraux.

Dans cette histoire, il n'y a pas que les horribles mafieux et les vilains pirates qui ont été ennuyés.

Tout d'abord Megaupload hébergeait également des fichiers tout à fait légaux et visiblement tout cela risque d’être effacé dans les jours qui viennent.

 

Autre conséquence, cela a précipité la fermeture d'un site particulier, La Caverne des introuvables, qui s’est auto-censuré de peur d’être inquiété suite aux déclarations du président Sarkozy.

Ce site de référence, à vocation culturelle universelle et communautaire, mettait à disposition des liens pour trouver des films jamais réédités en DVD, et encore moins au format dématérialisé.  

Le principe retenu était que si un film était réédité, il disparaissait automatiquement de la base de données.

Il n’y avait donc pas de volonté de contrefaçon ou de marché parallèle, mais plutôt de transmission et d’échange de culture (mais ça, c’est nul, ça ne produit pas de revenu…).

Le site ré-ouvrira peut être après l’élection présidentielle en fonction des décisions prises par le futur président concernant l’Hadopi.

Plus d’info dans l’article d’Alex Hervaud sur Slate.Fr

 

Et maintenant ?

Tout d’abord, il ne s’agit pas pour moi de défendre Kim Dotcom et ses sbires, pour lesquels je n’ai aucune compassion : ils ont voulu jouer au plus malin et ont perdu.

Comme je le disais dans le billet sur la création et Internet, je pense que les défenseurs des droits d'auteurs se trompent de sujet. Et d'ailleurs, l'argent amassé par Megaupload semble en apporter la preuve: sur les 175 Millions d'Euros de gains, 150 proviennent des abonnements premiums.

Cela signifie donc que les internautes sont prêts à payer pour accéder à des biens culturels, et que lorsque l'offre légale fait défaut (ou ne s'adapte pas aux attentes), ils se tournent vers la solution qui s'offre à eux: le téléchargement illégal.

Donc si les Majors et représentants des ayant-droit s'inspiraient de ce qu'offrait Megaupload et l'adaptaient de manière à pouvoir diffuser une offre légale attrayante, ils auraient déjà parcouru une bonne partie du chemin.

L'exemple de la réussite des abonnements Spotify pour la musique en est une nouvelle preuve.

Mais cela semble un vœu pieu tant ils s'accrochent coûte que coûte au modèle physique pourtant clairement délaissé par les consommateurs et préfèrent user de la répression.

 

A ce sujet, voici la lettre ouverte de Ploum expliquant aux Majors: Pourquoi je suis un pirate?

 

A suivre.....

 

Une des sources : Numérama

Autre source : Korben